lundi 28 novembre 2016

Porno manifesto d’Ovidie



Résumé

« Je suis une travailleuse du sexe , comme diraient mes consœurs américaines. Et cela, beaucoup de journalistes qui ont écrit des articles sur moi ou m ont invitée sur des plateaux de télévision semblent l avoir oublié. Les médias ont beaucoup parlé de mon discours intellectuel , de ma démarche, parfois de mon féminisme, et trop souvent de mes études de philosophie. Comme s ils s étaient raccrochés à des choses rassurantes qui leur permettaient d oublier ce qui les gênait vraiment et ce qu ils ne parvenaient pas à comprendre : j étais, je suis, une femme qui fait des films porno devant et derrière la caméra. »

Mon avis

En refermant ce livre, ma première impression est que je viens de lire un cri de colère, de frustration et d’agacement : Ovidie est une actrice porno et elle en a assez qu’on juge le porno sans le connaître, elle en a assez qu’on la présente, elle et ses consœurs hardeuses, comme des victimes alors qu’elles ne sentent pas du tout comme ça.

Précision qui a son importance, dans ce livre l’auteur ne parle que des films pornographiques traditionnels dits classiques, c’est-à-dire qu’elle exclue les gonzos et toutes les plates-formes internet type youporn.

Ovidie commence par nous expliquer comment elle en est venue à faire du porno pour nous démontrer que non ce n’était pas par nécessité financière ou problèmes familiaux. Ce métier, elle l’a choisi et elle ne le regrette pas.
Aussi, elle en a marre de toutes les conneries qu’on peut raconter sur le porno et surtout elle nous démontre que féminisme et pornographie ne sont pas antinomiques (et oui !).

J’ai beaucoup aimé le style d’Ovidie qui est percutant et travaillé. Elle m’a donné un éclairage nouveau sur un univers que je connais mal, elle m’a montré les coulisses d’un métier qui fait polémique. Pour cela, j’ai adoré ce livre. Elle met très bien en exergue l’hypocrisie régnant dans notre société par rapport au sexe et à la pornographie (coucou porno chic !). Sa présentation de mouvement féministe qui inclut la pornographie comme un moyen de libération de la femme continue à me faire beaucoup réfléchir.

Là où je suis plus mitigée, c’est au niveau de l’argumentation qu’elle met en place car j’en suis ressortie avec un sentiment de trop peu, d’inachevée. L’auteur balance son argument mais ne va pas au bout de l’analyse, j’ai trouvé que pas mal de sujets étaient juste effleurés et j’aurais aimé qu’elle développe et étaye davantage son propos car je pense qu’il y avait beaucoup plus à dire.

Néanmoins, je recommande cette lecture qui rentre dans les lectures féministes que j’ai eu en cette fin d’année et qui est une bonne mise en bouche sur un univers qui fait rougir. Et puis, la tête de vos voisins de RER qui voient ce que vous lisez, cela n’a pas de prix.

dimanche 23 octobre 2016

Nouveau calendrier païen de Glana – Claire Duclaye



Résumé :

Comme la plupart des gens, probablement connaissez-vous les 8 fêtes traditionnelles des philosophies païennes (ou sabbats), célébrés depuis des temps immémoriaux pour marquer la course du soleil, probablement connaissez-vous également les différents Esbats, fêtes marquant les nuits de pleine lune et dédiées au culte de la déesse. Mais avez-vous déjà entendu parler de la Nuit d'Hécate? Probablement pas...
De la Nuit de Diane, de la fête des Macres, de Frosblot, de la fête de Forseti, de la fête d'Arès etc.? Encore moins probable... 

Pourtant, ces célébrations païennes n'ont eu de cesse depuis des millénaires de venir ponctuer les divers calendriers et de donner vie aux différents cultes païens à travers le monde, en rendant grâce aux divinités des différents panthéons pour les bienfaits qu'elles pouvaient apporter aux hommes au quotidien.
Au travers de cet ouvrage presque initiatique, Glana nous emmène dans une ballade au rythme des saisons, dans un univers où se côtoient les mythes et les légendes, et nous fait redécouvrir avec le plus grand intérêt les diverses célébrations qui ont marqué les anciens cultes, les pratiques qui leurs étaient liées ainsi que leur histoire et leurs origines. 

Cet ouvrage unique en son genre sera le compagnon indispensable de tout Païen qui souhaite évoluer dans sa tradition avec le respect qui est dû à celle-ci.


Mon avis :

Un très bon moment avec ce livre. Je connaissais les fêtes traditionnelles alors c’est avec beaucoup de curiosité et d’intérêt que je voulais approfondir ce sujet.

L’auteur ne se contente pas de la Wicca mais balaye plus large dans le paganisme moderne en incluant d’autres mouvements (néo-druidisme, chamanisme…) offrant ainsi un livre très riche et plus complexe qu’il n’y paraît aux premiers abords.

Le livre se découpe en quatre parties qui représentent les 4 saisons et à l’intérieur de chacune des parties, l’auteur liste les fêtes les plus connues et emblématiques des différentes mouvances.

Comme son nom l’indique, ce livre est calendrier : chaque fête est expliquée concernant ses origines et comment elle s’implante de nos jours mais si vous cherchez des rituels ou une manière de célébrer la fête alors il vous faudra trouver d’autres sources d’informations.

L’auteur a réalisé un travail considérable et passionnant à lire. J’ai découvert beaucoup de choses et cela continue de me faire réfléchir dans mes croyances et ma manière de les vivre.

Bien évidemment, je conseille ce livre aux païens. Ceux qui ne le sont pas peuvent, bien entendu, lire ce livre mais je ne pense pas que cela va leur parler.

samedi 8 octobre 2016

Les infortunes de la vertu de Sade



Résumé :

Le triomphe de la philosophie serait de jeter du jour sur l'obscurité des voies dont la providence se sert pour parvenir aux fins qu'elle se propose sur l'homme, et de tracer d'après cela quelque plan de conduite qui put faire connaitre à ce malheureux individu bipède, perpétuellement ballotté par les caprices de cet être qui dit-on le dirige aussi despotiquement, de trouver, dis-je, quelques règles, qui pussent lui faire entendre la manière dont il faut qu'il interprète les décrets de cette providence sur lui, la route qu'il faut qu'il tienne pour prévenir les caprices bizarres de cette fatalité a laquelle on donne vingt noms différents, sans être encore parvenu à la définir.

Mon avis :

J’ai remarqué que beaucoup de gens restait focalisé sur la réputation sulfureuse de Sade, le traitait de tous les noms mais sans jamais l’avoir lu. Ils s’imaginent que ses écrits ne sont qu’une suite de scènes de cul toutes plus vulgaires les unes que les autres.
Du coup, sortir un livre de Sade dans le train et regarder la réaction des gens qui m’entourent s’avère une expérience très drôle…

Si vous n’avez jamais lu de Sade, je vous conseille de lire celui-ci qui reste le plus soft car grosse révélation : très peu de scènes de cul mais une vraie histoire teintée de la philosophie de Sade car oui, Sade est un philosophe.

Les infortunes sont celles de Justine, pauvre orpheline dévote qui se retrouve à la rue et qui doit survivre. Elle se retrouve face à des personnes qui profitent de sa bonté et de sa naïveté, et notre pauvre héroïne en fait à chaque fois les frais.

Si au début, j’avais beaucoup de peine pour Justine, au fur et à mesure du livre, j’étais plus à soupirer et à lever les yeux vers le ciel. Justine croit tellement en Dieu et à la providence qu’elle n’a aucune jugeote. Je ne lui demande pas de devenir voleuse de grands chemins mais bon sang, réfléchis un peu !

A travers cette histoire, Sade nous montre sa vision des choses sur la supercherie qu’est la religion car pour lui, la nature n’est pas ainsi faite, elle est sauvage et cruelle, et seuls les plus forts y survivent.
Même si c’est poussé très loin, force est d’admettre qu’il me donne à réfléchir.

Sade n’est pas un écrivain porno, c’est un écrivain dans toute sa splendeur : j’ai ris, j’ai rougis, j’ai réfléchi. Il sait, comme personne, doser les éléments de son histoire et de son discours pour que cela reste digeste et divertissant.

vendredi 30 septembre 2016

Khomeiny, Sade et moi d’Abnousse Shalmani



Résumé

A Téhéran, dans les années 1980, une petite fille de six ans, contrainte de porter le voile, se révolte en se dénudant. Se soumettre aux exigences des « barbus » et autres « corbeaux » lui paraît absurde. Son père l’approuve et, afin de fuir brimades et contraintes, la famille va s’exiler à Paris. Abnousse Shalmani découvre alors que la liberté n’est pas celle qu’elle aurait souhaitée. Sa révolte n’est donc pas finie. Mais cette fois, c’est la littérature française qui va lui fournir des armes. La petite fille, devenue femme, va faire de Sade, de Victor Hugo et de Colette (entre autres) des appuis précieux dans son combat contre l’oppression en général et celle du corps féminin en particulier.

Joyeux pamphlet, ce récit alterne les anecdotes intimes et les événements socio-politiques avec humour et enthousiasme.

Mon avis

Encore un livre qui m’a été conseillé, encore une réussite !

L’auteur a vécu, enfant, le renversement du Shah, elle a vécu l’installation du nouveau régime qui a bridé toutes les libertés et qui a diabolisé les femmes, les a recouvertes pour les cacher, femmes impures et dangereuses.

Arrivée en France comme réfugiée politique, elle redécouvre la liberté. Celle de pouvoir lire ce qu’elle veut, celle de pouvoir s’habiller comme elle le souhaite et celle d’être une femme dans toute sa splendeur.

Ce livre est un cri de colère, le cri d’une femme qui clame haut et fort qu’elle aime être une femme, qu’elle aime son corps et sa liberté, le cri d’une personne qui se bat encore et toujours pour que la liberté ne soit jamais oubliée car elle peut très vite se faire grignoter par biens des obscurantismes (religieux, culturel…).

Ce livre est libérateur, il est beau et percutant, il fait du bien, l’auteur refuse de se taire et elle a bien raison car ses paroles sont nécessaires et pleine de sagesse. Elle y mêle très habilement les lectures et surtout les auteurs qui l’ont marqué et qui l’aident à se construire et à porter son message.

L’auteur peut se permettre de dire ce qu’elle pense sur le voile sans être taxée de racisme. Oui, je suis obligée de dire qu’elle peut car elle vient d’Iran donc dans l’esprit des gens, elle est forcément musulmane alors quand elle dit qu’elle est absolument contre, qui osera dire qu’elle est raciste ? Je trouve cela rageant de me sentir brider dans mes opinions mais voilà la réalité d’aujourd’hui que l’auteur analyse très bien.

Ce livre est une ode à la femme, à son corps, à la liberté, à la lecture, à la vie tout simplement.

jeudi 22 septembre 2016

Sexpowerment de Camille Emmanuelle



Résumé :

J'ai longtemps vécu dans une sorte de schizophrénie. Féminité vs féminisme, corps vs esprit. Ce n'est pas ma faute, je suis issue d'une double éducation. D'une part, un beau-père instituteur communiste, pour qui la séduction et l'ultraféminité étaient des choses à proscrire car indignes de mon intelligence. D'autre part, une mère sage-femme qui m'emmenait faire du shopping tous les samedis et glissait des capotes dans ma valise quand je partais en vacances. 

Aujourd'hui, je me définis donc comme féministe pro-sexe. Je considère que la réelle libération sexuelle, féminine et masculine, fait partie intégrante de l'émancipation féminine. Si le corps est politique, le sexe l'est aussi.
Il est temps d'avoir un discours libéré, clair et ouvert, sur les sexualités hétéro et LGBT, le corps, et les plaisirs. Il est temps d'accepter les diverses identités sexuelles et amoureuses. Il est temps de voir que les frontières ont bougé : entre les notions autrefois rigides de féminité et de virilité, entre la norme et le hors-norme. Il est temps de se battre contre les stéréotypes sur la sexualité féminine et masculine. Car si la misogynie atteint les femmes, à travers les inégalités salariales, la violence domestique et le sexisme ordinaire, la perpétuation des clichés sexuels, elle, fait autant de mal aux femmes qu'aux hommes.
Là, je lève mon petit poing. Et avec l'autre main, je vous emmène avec moi. Je vous raconte ma libération de femme née en 1980. Comment j'ai appris à être " ladylike ", " dirtygirl ", et " sexpositive feminist " à la fois. Et ce n'était pas gagné...

Mon avis :

Whouah quelle lecture ! Merci à la personne qui me l’a mise entre les mains, très bonne idée !

Je trouve qu’être une femme est souvent un casse-tête, je suis continuellement tiraillée par ce que me dicte la société, par ce que me dicte certains groupes féministes et par ce que j’ai envie d’être mais ce souhait est souvent bien difficile à mettre en œuvre tellement la pression peut être forte.

C’est pourquoi j’ai aimé ce livre : ici pas de grandes leçons moralisatrices, pas d’injonctions à être comme si ou comme ça, pas de colère, pas de désespoir. Non une discussion calme et joyeuse mais pour autant très sérieuse.
C’est justement cette vision du féminisme que je défends (big news : il n’y a pas un mais des féminismes) : un dialogue apaisée où chacun (femme comme homme) peut débattre, échanger ses opinions et ses points de vues.
J’ai bien conscience que parfois, nous n’avons d’autres choix que de revêtir nos atours de guerrières et de montrer nos dents mais je pense (aka ce n’est donc que mon avis) que bien des fois, une discussion est beaucoup plus productive. Une discussion où personne ne doit être exclue et surtout pas les hommes car l’évolution de la place des femmes doit se faire avec eux et pas contre eux.

Si je ne suis pas d’accord avec tout le livre, j’ai aimé le ton profondément positif de l’auteur qui aborde sans jugement négatif différents sujets : même si elle n’est pas d’accord avec un point de vue, elle ne se transforme pas en dragon rugissant, elle le dit calmement en développant son propre point de vue.
J’ai particulièrement appréciée sa vision du corps et du sexe, et tout ce qui va avec : le porno, le consentement…

L’auteur a une manière d’écrire qui m’a donné le sourire tant don discours est empreint de positivité et surtout, il m’a questionné, m’a donné envie d’approfondir certaines thématiques, m’a fait voir certaines choses sous un nouvel angle que je n’avais même pas envisagé jusqu’à présent.

Ce livre est une vraie réussite pour moi et je le recommande à tous ceux qui veulent découvrir ce qu’est un féminisme positif.